OPPOSANTS POÉTIQUES

DOCUMENTAIRE, 78 mn
PRODUCTION : LABEL VIDEO, 24IMAGES

UN FILM CO-RÉALISÉ AVEC BERTRAND SCHMITT

RÉSUMÉ DU FILM
DEUX POÉTES DISSIDENTS
PROPOS
THEÂTRE ET SURRÉALISME
SAMIZDAT ET LITTÉRATURE INTERDITE

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RÉSUMÉ DU FILM

Opposants poétiques est un témoignage sur ce que fut la dissidence en Tchécoslovaquie sous le régime communiste, à travers les récits et les écrits de deux amis, poètes et dissidents, qui ont vécu la résistance de l’intérieur et qui, victimes de brimades incessantes, ont dû se résoudre à l’exil en France.

Prokop Voskovec vit toujours à Paris, alors que Jan Vladislav est rentré à Prague en 2003. Tous deux ont entrepris d’écrire leurs « mémoires ». Ils revisitent par l’écriture ce que fut leur vie et se voient régulièrement à Prague. Leurs récits, leurs souvenirs et leurs impressions se mélangent et se complètent.

Leur vision subjective et décalée de la dissidence et de l’édition clandestine nous plonge dans une réalité, à la fois terrible et absurde, celle de la vie quotidienne dans un régime totalitaire, vue de l’intérieur puis de l’extérieur.

De nombreuses images d’archives illustrent leur récit. Elles se mêlent à des scènes re-filmées du passé, sur le mode onirique et poétique : visions fugaces, non réalistes, comme surgies de la mémoire.

 

DEUX POÉTES DISSIDENTS

Né à Prague en 1942, Prokop Voskovec a six ans lorsque les communistes s’emparent du pouvoir. Jeune homme, il est attiré par le théâtre. Parallèlement à ses tentatives de mise en scène (Ubu roi, 1960) et à ses études de dramaturgie, il participe aux activités interdites du groupe surréaliste tchécoslovaque. Signataire en 1978 de la « Charte 77 », texte majeur de la dissidence, il s’exile en France un an plus tard, suite aux pressions policières. Pour gagner sa vie il travaille alors à Paris comme coursier au journal Les Echos, dix heures par jour pendant 20 ans, jusqu’à sa retraite en 2003. Depuis, il consacre son temps à sa passion première : l’écriture.

Né en 1923 à Hlohovec, Jan Vladislav fait ses études à Prague où il écrit ses premiers poèmes. Il a 25 ans lorsque les communistes prennent la direction du pays. Il est immédiatement renvoyé de l’Université pour raisons politiques. Ses recueils de poésie sont interdits et pilonnés, mais il peut publier quelques traductions et écrire des livres pour enfants. Après l’arrivée des chars soviétiques à Prague en 1968, il fonde les éditions clandestines Kvart qui publient plus de 120 titres interdits. Il est un des tous premiers signataires de la « Charte 77 ». Après de multiples brimades il est forcé à l’exil et s’installe en France en 1981 où il travaille comme professeur. De retour à Prague en 2003, il se consacre à l’écriture de ses mémoires.

 

PROPOS

Il est tout à fait intéressant de constater qu’aujourd’hui, Václav Klaus, président de la République Tchèque, successeur de Václav Havel, renvoie la dissidence aux poubelles de l’histoire en la marginalisant, en lui refusant le titre d'acteur principal du changement en 1989 ; tout comme le pouvoir communisme avait, en son temps, officialisé une vision partisane et faussée de l’histoire tchèque. La nouvelle version « officielle » se résume comme suit : ce n’est pas un groupe d’intellectuels dissidents qui contribua à renverser l’ancien régime, mais la masse des « citoyens » par leur résistance passive, leur absence de rendement. Les vrais héros de la « révolution » ce sont eux, ces obscurs et ces sans-grades dont les petites compromission ont, à la longue, amené le grand sabotage et sabordage de l’ancien régime. L’hommage à la « majorité silencieuse » du président Klaus contient un message explicitement populiste : contrairement à mon prédécesseur et ancien prisonnier dont la présence même au château taquinait votre mauvaise conscience, je suis un président auquel vous pouvez vous identifier, ni ancien communiste, ni ancien dissident, un peu comme vous tous. (1) Rien de mieux, en effet, pour éviter les problèmes de conscience que de nier le passé.

(1) Jacques Rupnik, Libération 17 novembre 2004

 

THÊATRE ET SURRÉALISME

Au début des années 1960, Prokop Voskovec a 20 ans et rejoint le groupe surréaliste. Il produit plusieurs textes et monte Ubu roi qui sera interdit après seulement deux représentations.

Prokop Voskovec :
Ce n’était pas conçu comme une satire du système communiste, mais basé sur ma fascination pour le cynisme et la stupidité absolue des protagonistes. On essayait simplement de faire surgir de la poésie de ces personnages extraordinaires. C’est à partir de là que j’ai commencé à devenir moi aussi un ennemi du peuple. Dans une dictature fondée sur le mensonge absolu et sur une police toute puissante, le seul moyen de défense est une aptitude à la mystification et un certain sens de l’humour qui n’est pas destiné à faire rire mais qui se joue de la réalité des choses pour approcher la vérité.

Václav Havel :
L’humour, l’ingénuité, l’espoir faisaient partie de la vie de tous les jours. Les gens se lançaient dans des projets, les réalisaient ou échouaient... Tout cela se reflétait sur les scènes des petits théâtres... On montait sur scène pour se représenter soi-même, on jouait ensemble, on jouait avec le spectateur, on n’interprétait pas des histoires mais on posait des questions ou abordait certains sujets. Et je considère comme le plus important le fait qu’on concrétisât l’expérience vécue de l’absurde... Les petits théâtres en étaient une des expériences significatives, et en même temps ils servaient d’intermédiaire au processus spirituel que j’appelle « la prise de conscience et l’affranchissement social » ; ce qui a abouti inévitablement aux changements politiques de 1968. Václav Havel, Interrogatoires à distance, 1987.

Prokop Voskovec :
En sortant du théâtre, nous sommes allés boire quelques bières et nous avons rencontré Havel qui nous a dit : vous avez vu, j’ai mon flic personnel maintenant ! Effectivement un policier en civil se tenait à distance. Un peu plus tard, l’homme s’invite à notre table et la conversation perd de son animation. Au bout d’un moment, il nous demande pourquoi nous sommes si peu bavards et nous lui disons que nous venons d’être virés de notre boulot. Il nous dit, l’air accablé : je le sais, c’est de la faute du ministre de la culture. Quel imbécile, celui-là ! Vous étiez tous dans le même théâtre, c’était facile de vous surveiller. Mais maintenant, vous allez vous retrouver dans des tas d’endroits différents et pour nous ça va être l’enfer. Quel con !

 

SAMIZDAT ET LITTÉRATURE INTERDITE

Jan Vladislav :
Après 1968, je ne pouvais plus rien publier. Aussi j’ai commencé l’édition de textes en samizdat. À la différence des polonais qui pouvaient imprimer leur ouvrages en cachette nous n’avions pas d’imprimeries. Ici, les livres étaient tapés à la machine par des dactylos. Il fallait trouver le papier, les carbones et de quoi payer les dactylos. Cela permettait de diffuser les textes et de maintenir un contact entre l’auteur et ses lecteurs. On pouvait aussi faire passer plus facilement ces textes à l’étranger et la multiplication des exemplaires compliquait considérablement le travail de la police. Avec les éditions Kvart, j’ai publié plus de 120 textes originaux ou traductions.

Jan Vladislav :
J’étais un des premier sur la liste. Au cours de l’année 1980, la police me convoquait deux à trois fois par semaine, le samedi matin, le samedi après-midi, le dimanche. Ils se sont rapidement rendus compte que je ne céderai pas. Alors ils ont commencé à inquiéter ma femme. La police l’a accusée du vol d’une voiture d’enfant, délit passible de deux ans d’emprisonnement. Je pouvais accepter la prison pour moi, mais pas pour elle. Ça devenait insupportable. Je ne pouvais plus écrire, je ne pouvais plus bouger, je ne pouvais plus voir certaines personnes de peur de leur causer du tort. Finalement, pour dire la vérité, j’ai vécu l’exil comme une libération.

 

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JAN VLADISLAV

prokop
PROKOP VOSKOVEC

Rue de Prague en 1960

printemps Prague